febrero 28, 2014

Discours de Geoffroy d’Aspremont, 8ème réunion des commissions permanentes de l’Assemblée parlementaire de la Méditerranée

Discours de Geoffroy d’Aspremont, directeur de l’Institut MEDEA, prononcé à Marseille devant le Bureau de l’Assemblée parlementaire de la Méditerranée, le 21 janvier 2014.

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Discours de Geoffroy d’Aspremont, directeur de l’Institut MEDEA, à Marseille.

Mesdames les députés et sénatrices, Messieurs les députés et sénateurs, Chers membres du Bureau de l’Assemblée Parlementaire de la Méditerranée,

Au nom de l’Assemblée des Citoyens et Citoyennes de la Méditerranée (ACM) et comme coordinateur de son secrétariat, je tiens à vous remercier pour votre invitation. Je suis accompagné par Mme. Françoise Macé, membre du Conseil Consultatif de l’ACM, et responsable de programmes à la Fondation Charles-Léopold Mayer, fondation qui appuie l’ACM depuis ses débuts.

L’ACM est un processus citoyen démarré en 2008 et fondée sur les valeurs démocratiques de liberté, de paix, de respect de la diversité culturelle et de responsabilité environnementale. L’Assemblée des Citoyens et Citoyennes de la Méditerranée est un réseau citoyen qui ambitionne de favoriser l’émergence d’une parole et d’une action citoyennes communes. En effet, nous pensons que c’est par l’action et l’implication des citoyens et citoyennes qu’une « communauté de destin » solidaire et positive pourra se mettre en place au sein de l’espace méditerranéen.

L’ACM est un processus à moyen et long terme qui favorise le dialogue et les rencontres de divers acteurs de la société méditerranéenne : mouvements citoyens, institutions publiques et privées, entreprises, associations, syndicats, experts, universités, centres de recherche etc., pour mettre en relation les perspectives des citoyens et citoyennes, faire émerger des priorités, des stratégies communes, des propositions concrètes qui pourront servir, entre autres, à orienter l’action politique dans la région méditerranéenne. En d’autres termes, il s’agit de donner corps à la diplomatie citoyenne.

Dans une première étape, nous avons élaboré un texte fondateur, une charte constitutive qui présente la nature et les principes de l’ACM, ainsi que ses valeurs et ses objectifs. Vous êtes invités à la lire et à la signer sur notre site internet www.acimedit.net.

La coordination et le secrétariat de l’ACM sont assumés par des organisations de la société civile avec l’appui d’un conseil consultatif. De plus, il existe dès à présent une vingtaine de cercles de citoyens ACM répartis dans presque tous les pays du bassin méditerranéen, qui fonctionnent de façon autonome, qui organisent des activités ou se réunissent entre eux pour discuter des thèmes qui les touchent.

Nous avons organisé jusqu’ici quatre rencontres de l’ACM, regroupant les membres de nos cercles, ainsi que des représentants des institutions euro-méditerranéennes et internationales présentes en Méditerranée, qui se sont tenues à Valencia en 2010, à Tunis en 2011, à Volos en Grèce en 2012 et Istanbul en 2013.

La rencontre d’Istanbul de fin novembre dernier a réuni plus de 150 participants provenant de tous les pays de la Méditerranée sur le thème «Dialogues méditerranéens, citoyenneté et conflits». Des débats, fort animés, sont sortis divers constats et propositions.

Le rencontre d’Istanbul a permis un diagnostic citoyen de la réalité méditerranéenne, les participants venus du Sud, de l’Est et du Nord de la Méditerranée ont souligné, entre autres choses, la multiplicité des crises, qui sont tant économique et sociale que politique et environnementale. Ces crises qui touchent l’ensemble du bassin ont montré une forte déconnection entre les institutions politiques et la citoyenneté, et nous avons constaté une augmentation significative des inégalités économiques et sociales. Egalement, la question de la violence dans les sociétés en transition et la demande de reconnaissance de la diversité culturelle, notamment linguistique et religieuse, ont été des points essentiels relevés lors des débats.

La rencontre d’Istanbul a permis de formuler un certain nombre de pistes de réflexion pour une action individuelle et collective de l’ensemble des acteurs de la Méditerranée. Les débats ont conduit à plusieurs conclusions porteuses d’initiatives et d’espoir basées sur la défense des valeurs de citoyenneté, de démocratie et de paix. Parmi les propositions formulées, j’en mentionnerai quelques-unes :

  • Soutenir les transitions démocratiques en Méditerranée
  • Promouvoir le rôle des citoyens et citoyennes
  • Assurer l’égalité des droits entre hommes et femmes
  • Renforcer le rapport citoyen/institutions politiques
  • Favoriser la formation à la citoyenneté
  • Défendre la libre circulation des personnes
  • Encourager le développement durable
  • Lutter contre les inégalités

 

A Istanbul, le conseil consultatif de l’ACM a émis plusieurs déclarations. La première, sur « la Situation des transitions démocratiques dans l’espace Méditerranéen » demande de mettre en place les instruments qui permettront à la citoyenneté de s’organiser, qu’elle puisse faire entendre sa voix de manière indépendante, tant au niveau local que régional, et qu’elle puisse déterminer les choix fondamentaux qui affectent son avenir.

La deuxième déclaration porte sur la liberté de circulation dans l’espace méditerranéen. Elle demande que cessent les constructions de murs et les obstacles à la mobilité, mais aussi les discours contre les migrants ou “les autres”. La mobilité que nous voulons pour nous, nous ne pouvons pas la refuser “aux autres”. Si nous refusons de faire de la Méditerranée un espace humain commun, un espace de mobilité et de solidarité, c’est un horizon d’hostilité et de conflit que nous construirons à coup sûr.

La troisième déclaration porte sur la crise économique en Méditerranée. Elle demande que, face à la situation actuelle, qui est due notamment à la financiarisation de l’économie, à l’inégalité dans la répartition des richesses et à la corruption, cessent le désastre environnemental et les atteintes à la dignité humaine. Cette déclaration demande de soutenir de nouvelles formes de solidarité, d’alternatives économiques, la lutte pour la dignité et l’emploi, particulièrement des jeunes, et pour les droits individuels et collectifs des peuples.

La quatrième déclaration nommée « Liberté, sécurité individuelle et collective et la Paix en Méditerranée » demande que la sécurité, la liberté et la paix soient traitées comme des objectifs stratégiques compatibles et développés de manière rationnelle et durable. Nous défendons une gouvernance dans laquelle les autorités, les acteurs publics et privés agissent pour promouvoir des relations entre le Nord et le Sud équilibrées et solides dans l’intérêt des peuples.

L’ACM a exprimé lors de sa dernière rencontre d’Istanbul sa préoccupation pour l’évolution socio-politique dans la région méditerranéenne et les difficultés de la citoyenneté pour tenir sa place centrale dans la gouvernance démocratique recherchée.

C’est lors de la rencontre d’Istanbul que l’ACM et l’APM ont signé une convention de collaboration de la plus grande importance pour l’avenir des relations entre les citoyens et les institutions parlementaires. Cette convention et le statut d’observateur accordé par l’APM à l’ACM représentent une grande innovation qui va faciliter l’approche et la compréhension des citoyens électeurs et acteurs politiques et ses représentants dans les chambres législatives. La collaboration ACM/APM prévue dans la convention va permettre l’échange d’informations, la consultation réciproque, l’organisation commune d’événements, et la possibilité de collaboration au niveau national et régional en Méditerranée.

Nous proposons de s’assurer de l’existence d’une ligne de communication permanente pour faciliter les consultations et l’échange d’informations entre l’ACM et l’APM. Nous proposons également des collaborations spécifiques dans les domaines d’intérêt commun à définir plus précisément. Nous espérons que des actions concrètes pourront avoir lieu dès cette année 2014.

Nous voulons exprimer le désir de l’ACM de renforcer les relations avec l’APM et créer un lien permanent entre les institutions qui détiennent la légitimité de la représentation démocratique et notre réseau d’action citoyen méditerranéen pour aider à la création d’une Méditerranée de paix, d’égalité, de démocratie, de liberté et de développement.

Nous espérons que la collaboration active de l’APM et de l’ACM à travers différentes initiatives permette de « satisfaire le bien commun de tous les peuples de la région Méditerranéenne », tel que le signale la convention signée.

Je vous remercie de votre attention et reste à votre disposition pour répondre à vos questions.

Marseille, le 21 janvier 2014

Fundación Asamblea de Ciudadanos y Ciudadanas del Mediterráneo
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