Synthèse de la Rencontre ACM de Tunis, 1 – 4 décembre 2011

 

Synthèse Générale et Conclusions

La rencontre de l’ACM s’est tenue en Tunisie à Tunis, un pays et une ville aux résonances profondes dans l’histoire de la Méditerranée et qui a la gloire d’avoir initié un processus de transformations politiques et sociales qui mérite tout notre appui.

Le peuple de la Tunisie doit être fier, de même que le peuple de l’Égypte, d’avoir initié une nouvelle étape dans la vie politique de la Méditerranée. Un processus par lequel transitent désormais, sous différentes formes et rythmes, tous les peuples de la Méditerranée méridionale et orientale à la recherche de la démocratie, du développement, de la dignité et de la paix.

Cette rencontre a rassemblé plus de 150 participants venus de tous les coins de la Méditerranée, des cercles de Théssalie, d’Albanie, du Monténégro, de Rome, de Naples, de Chypre, de Valencia, de Casablanca, d’Oran, des amis de l’Egypte, du Liban, de la Turquie, de la Syrie et des autres pays de la Méditerranée qui par leurs efforts ont permis l’avancée des idées vers l’avenir.

Elle a rassemblé aussi des représentants de diverses institutions publiques qui interviennent dans l’espace méditerranéen : Conseil européen, Commission européenne, Parlement européen, Banque Européenne d’Investissement (BEI), l’Assemblée régionale et locale euro-méditerranéenne (ARLEM), Conseil économique et social euro-méditerranéen (CESE), Conseil de l’Europe, Fondation Anna Lindh, Université Euro-Méditerranéenne (EMUNI), Confédération Européenne des Syndicats (CES), Assemblée Parlementaire Méditerranéenne (APM), Ligue Arabe, Union du Maghreb Arabe (UMA), Union Africaine.

L’ACM est un espace de dialogue permanent. Un lieu de rencontre où se pratique la diplomatie citoyenne, entre égaux, sans distinction d’origine culturelle, religieuse, nationale ou de genre. L’ACM est née libre et demeure libre, permettant l’expression de l’identité méditerranéenne fondée sur la reconnaissance de sa diversité.

En juillet de l’année 2010 nous étions à Valence en Espagne. A cette occasion, nous avions invité les participants à un dialogue ouvert pour permettre de progresser vers une communauté méditerranéenne des peuples, construite avec la participation de la citoyenneté. Aujourd’hui, nous constatons que la citoyenneté s’est mise en mouvement dans toute la  région.

LES AGORAS

A Tunis, lors de cette deuxième Assemblée, dans les agoras géographiques on a eu l’occasion d’analyser, chacun depuis son point de vue, les événements et les situations qui traversent notre mer, de la Turquie à l’Espagne, du Maroc à l’Égypte. Qu’est-ce qui se passe? Pourquoi? Quels sont les acteurs ? Quels sont les enjeux?

On a affirmé que la liberté et la dignité sont des valeurs individuelles et collectives inaliénables à l’être humain. La lutte pour ces valeurs éternelles traverse l’histoire de l’humanité. Notre histoire comme peuples méditerranéens ne peut pas s’écrire sans raconter ces luttes. Luttes pour l’égalité, pour la justice, pour la solidarité, pour la démocratie, pour la tolérance, pour le respect mutuel. Tel est le sens ultime des changements qui récemment se sont produits et que les peuples méditerranéens sont entrain d’impulser avec force.

La jeunesse a été à l’origine des contestations citoyennes au Nord et au Sud de la Méditerranée.

Les participants reconnaissent la Méditerranée comme un espace humain divers, un lieu d’échange et de dialogue, avec son histoire commune où la citoyenneté exige des changements.

Les événements induisent une volonté politique de collaborer et de repenser les relations Euro-Méditerranéennes et pourraient conduire à une nouvelle coopération régionale, plus égale. De plus, ils offrent aux citoyens l’opportunité de développer un nouveau modèle de démocratie, propre à leur histoire et leur culture.

La richesse des débats, la pertinence du constat posé et la volonté claire de renforcer la participation citoyenne à la vie politique démontre toute l’importance d’une initiative telle que l’Assemblée des Citoyens et Citoyennes de la Méditerranée. Ce n’est que par l’engagement citoyen que nous pourrons créer une plus grande unité en Méditerranée.

Dans les Agoras thématiques (perspectives politiques, perspectives économiques, l’égalité et les perspectives de paix, dialogue culturel et religieux) beaucoup d’idées sont sorties. Les textes publiés dans ce rapport vont permettre de développer les prochains mois des activités beaucoup plus concrètes dans les espaces territoriaux où l’ACM s’est articulée.

Les peuples de la Méditerranée traversent une période de crises économiques, politiques et sociales sévères. Les tambours de la crise et de la guerre résonnent fortement. Les événements vécus en Libye, les crimes condamnables en Syrie, les difficultés du processus en Égypte, la situation du peuple palestinien et du peuple sahraoui, l’ingérence permanente de puissances étrangères, nous préoccupent. Mais également nous sommes inquiets par la situation sociale et économique qui frappe les peuples méditerranéens du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie et de la Grèce, soumis à une crise et à des pouvoirs extérieurs qui affaiblissent la légitimité de leurs systèmes politiques démocratiques.

La Méditerranée est encore loin d’être la mer de la culture, du développement et de la paix à laquelle les gens aspirent. Il est nécessaire d’unir nos forces, nos volontés et nos compétences pour réorienter les politiques. Il y a un rapport étroit entre le rôle des institutions publiques et la citoyenneté car la source de légitimité des institutions publiques c’est la citoyenneté. Un lien important qu’il ne faut jamais oublier au risque d’avoir beaucoup de problèmes comme ceux qui ont été évoqués pendant ces jours.

Nous rejetons le fanatisme, l’individualisme exacerbé, l’abus de pouvoir, l’utilisation injuste de la force, la violence sans limites qui, malheureusement, ont été et sont toujours présents en Méditerranée. Il est temps de mettre en œuvre des solutions efficaces aux vieux conflits qui aujourd’hui encore se développent dans notre région. Il est temps de proclamer les Droits de l’Homme et les faire respecter.

L’ACM défend l’accès des femmes aux droits dans la sphère politique, économique, sociale et culturelle et signale l’importance de la séparation des pouvoirs pour la garantie des libertés individuelles et le droit des femmes.

Il faut maintenir l’espoir des jeunes, acteurs du changement en facilitant leur mobilité et en les impliquant dans le débat politique et économique.

Les citoyens et citoyennes ont le droit d’accès universel à une éducation publique de qualité. Il faut rappeler les apports des diverses civilisations méditerranéennes dans les manuels scolaires. Il faut encourager les échanges universitaires. L’éducation peut être le noyau d’un cadre multilatéral méditerranéen renouvelé. Une mention spéciale a été dédiée à l’importance de l’éducation démocratique de l’armée et des renforcements du rôle de la société civile dans la formation des forces armées.

Le développement des peuples méditerranéens doit être fondé sur les principes de la justice et l’égalité. Le système économique doit favoriser la création d’emploi. Il serait pertinent de créer un observatoire méditerranéen de l’emploi et de l’immigration professionnelle.

On a renforcé l’idée d’appartenance méditerranéenne basée sur l’interdépendance historique des populations méditerranéennes diverses. La diversité culturelle et religieuse méditerranéenne est une part essentielle du patrimoine commun, de même que le respect des minorités.

Les relations Nord-Sud, Sud-Nord et Sud-Sud doivent être basées sur la confiance mutuelle et s’inscrivent dans un agenda régional méditerranéen central pour les rapports entre l’Union européenne et l’Union africaine.

CONCLUSIONS

Les synthèses partielles qui accompagnent le présent rapport et les textes des intervenants illustrent la grande participation et la forte capacité d’analyse et de propositions dans les Agoras géographiques et thématiques. La relecture attentive du présent rapport est une source précieuse de connaissances sur la réalité des turbulences en Méditerranée aujourd’hui.

Monsieur Edgar Morin, exemple de la résistance et de l’intelligence, membre du Conseil Consultatif de l’ACM., dans son intervention a décrit tout un processus stratégique pour les peuples de la Méditerranée. C’est l’idée de résister, c’est l’idée de mettre en avant son identité basée sur sa diversité.  L’idée d’être capable d’aller vers l’espace politique avec des décisions politiques, des lignes de travail concrètes capables de tirer les leçons du passé, de comprendre la réalité actuelle et construire la Méditerranée qui est la nôtre.

Dans son intervention, Monsieur Joseph Chilengi, Président du Comité de pilotage du Dialogue avec les Organisations de la Société Civile de l’Union Africaine, a émis des idées qui vont être utiles pour les desseins stratégiques des travaux de l’ACM, pour favoriser la collaboration avec l’espace citoyen tout en tenant compte des préoccupations de l’Afrique vers la Méditerranée.

Dans son message la Confédération Européenne des Syndicats nous demande de respecter en profondeur le rôle des travailleurs dans tous les processus qui se développent en Méditerranée. La Confédération exprime sa volonté de continuer et d’approfondir les rapports entre les syndicats de travailleurs européens et les  syndicats de travailleurs de tous les pays de la Méditerranée.

Le Directeur du Cabinet du Secrétariat Général de l’Union du Maghreb Arabe (UMA) nous a dit qu’il a pris note du programme et du contenu de l’ACM et qu’il a lu très attentivement la Charte Constitutive de l’ACM. Il affirme qu’il est touché par l’approche qu’il y a entre notre démarche et les  événements  importants qui ont lieu dans le Maghreb. Que les changements démocratiques qui sont en cours ont un rapport étroit avec les  valeurs  et les principes exprimés dans la Charte Constitutive de l’ACM.

Monsieur Sergio Piazzi, Secrétaire Général de l’Assemblée Parlementaire Méditerranéenne (APM), nous adresse ses plus vifs remerciements pour l’invitation et il exprime le besoin de renforcer le partenariat avec l’ACM afin de poursuivre nos efforts communs pour soutenir les processus de transitions démocratiques en  Méditerranée et envisager la perspective de coopération dans le futur.  Dans se sens il faut rappeler que l’ACM est en relation avec l’Assemblée Parlementaire Méditerranéenne qui est en train de prendre un accord qui donnera à l’Assemblée des Citoyens et Citoyennes de la Méditerranée  un statut d’observateur.

Nous avons rendu hommage à tous les peuples de la Méditerranée qui travaillent pour leur avenir. Un avenir qui va être construit par eux. Ce ne sont pas uniquement les institutions publiques européennes ou africaines, même si elles nous représentent, qui vont construire l’avenir des peuples de la  Méditerranée. Ce sont les peuples de la Méditerranée qui sont entrain d’écrire leur destin, avec leur liberté, leur façon de voir les choses, leur histoire, avec la jeunesse et avec l’ensemble des sociétés.

L’ACM n’est pas une assemblée politique. Ce n’est pas une Assemblée qui prétend occuper l’espace des partis politiques ou institutions publiques. C’est une Assemblée exclusivement de citoyens et citoyennes avec l’importance, grande et petite, que le terme citoyen et citoyenne comporte. Grande, parce que la citoyenneté c’est la source de toute légitimité politique, c’est la source des communautés, du peuple sujet de droits et de responsabilités. Mais petite aussi, parce que face à nous, le peuple, citoyens et citoyennes, on trouve parfois la force énorme des pouvoirs économiques avec leurs intérêts qui dominent le scénario de la réalité.

Les interventions que nous avons entendues pendant l’Assemblée nous donnent de l’espoir et de la force pour continuer notre travail. Un travail basé sur des principes et des valeurs universels qui se trouvent dans la Charte de l’ACM.  Des principes et des valeurs qui, comme nous le savons, ne s’imposent pas par la force. Ce sont des principes et des valeurs qui sont partagés avec la connaissance,  la compréhension, la tolérance et l’exercice de la solidarité entre les personnes et les peuples.

Nous, les peuples du nord de la Méditerranée et les peuples du sud de la Méditerranée,  nous savons ce qu’est la servitude dans notre histoire récente et ancienne, ce qu’est la peur. Ce sont deux constantes dans notre histoire si bien que nous savons combien il est difficile d’avancer contre ces deux présences dominantes, mais nous avançons.

On a parlé de la transition démocratique en Espagne, au Portugal et en Grèce. Des transitions non miraculeuses, complexes avec beaucoup de contradictions internes et qui parfois sont à la base des problèmes économiques actuels. Les transitions politiques démocratiques ne résolvent pas tous les problèmes de la société mais ce sont des processus  nécessaires pour la construction d’un espace politique démocratique capable de donner la parole au peuple.

Notre Assemblée cherche à travers le dialogue citoyen à construire des espaces de liberté et de dialogues entre citoyens et citoyennes de la Méditerranée. Et tout cela au même moment où les institutions euro-méditerranéennes ont l’obligation de revoir sérieusement leurs positions puisque bon nombre d’entre elles ont été brisées par la citoyenneté en mouvement. Au même moment où les peuples d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient s’interrogent sur leur avenir et exigent des réponses sérieuses à leurs problèmes politiques, sociaux et économiques. Au même moment où les peuples de l’Europe du Sud tentent de surmonter difficilement des tempêtes qui, de l’intérieur comme de l’extérieur, veulent les soumettre à de grands sacrifices et renoncements dans leur vie.

Ce sont les jeunes et les femmes les principaux protagonistes de l’histoire qui est entrain de s’écrire. Ce sont eux, avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication, qui impulsent   fortement les processus de changement en cours. Depuis ici, aujourd’hui, nous voulons leur rendre  hommage.

Pendant ces jours nous avons eu plusieurs propositions de partenariat qui vont permettre l’élargissement du travail de l’ACM. En particulier avec l’Assemblée Parlementaire de la Méditerranée (APM),  le Comité des Régions, L’ARLEM, le Conseil Economique et social euro-méditerranéen (CESE) et l’Université Euro-Méditerranéenne (EMUNI).

Nous avons adopté quatre déclarations du Conseil Consultatif concernant l’actualité méditerranéenne, incluses dans cette mémoire.

Il faut remercier encore une fois nos amis tunisiens qui nous ont donné la possibilité de mieux connaître la réalité de leur pays. Je remercie aussi toutes les institutions publiques qui nous ont accompagnés, la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme pour son appui permanent qui a permis la naissance et le développement de l’ACM, toute l’équipe de travail, notamment Monsieur Ahmed Driss, du Centre des Etudes Méditerranéennes et Internationales (CEMI).

Synthèses des 4 agoras géographiques du 2 décembre 2011

Synthèses des 4 agoras thématiques du 3 décembre 2011

Interventions des séances d’ouverture et de clôture

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