marzo 7, 2013

Il faut augmenter le budget du programme “Erasmus”

(publié sur Le Monde)

 

François Hollande a rappelé, mardi 5 février, alors qu’il répondait aux questions des parlementaires européens à Strasbourg, que, si l’Europe doit avoir une seule priorité, cela devait être la jeunesse. Nous partageons son opinion et nous l’invitons avec ses collègues chefs d’Etat et de gouvernement à traduire en réalité budgétaire concrète cette ambition nécessaire à l’intégration sociale et professionnelle de millions de jeunes en Europe.

Nous comprendrons le cas échéant que la France s’oppose à un budget qui ne prendrait pas correctement en compte cette priorité. Il est temps que l’Union européenne (UE) et ses Etats-membres rompent le cercle infernal de leurs contradictions. Conseil européen après Conseil européen, nos dirigeants appellent à une Europe proche de ses citoyens et soucieuse de sa jeunesse.

 PROGRAMME EMBLÉMATIQUE, CITÉ EN EXEMPLE PAR LE CONGRÈS AMÉRICAIN

Mais, quand l’heure de vérité approche et qu’ils ont l’occasion d’adresser un signal fort à des jeunes en plein désarroi, ils choisissent une sortie par le bas. Dernier exemple en date, Erasmus, ce programme emblématique, cité en exemple par le Congrès américain, dont l’Asie souhaite s’inspirer pour favoriser la mobilité de ses jeunes, et que les Européens maltraitent, mégotant sur quelques milliards d’euros d’abondement supplémentaire.

Dans le projet de cadre financier 2014-2020 discuté les 7 et 8 février, le financement du programme “Erasmus pour tous” représentera moins de 2 % d’un budget global de 1000 milliards d’euros. Dix-neuf milliards d’euros sur sept ans, soit à peine plus de 2 milliards par an, afin de permettre à des dizaines de millions de jeunes d’ouvrir leurs horizons et contribuer à une meilleure intégration sur le marché du travail, ce n’est déjà pas beaucoup.

Il est pourtant à craindre que ces montants soient revus à la baisse comme va l’être l’ensemble du futur budget communautaire. Que les programmes d’aide à la mobilité et à la jeunesse fassent office de variable d’ajustement dans les négociations budgétaires européennes symbolise le déséquilibre entre la puissance des intérêts coalisés pour défendre certains crédits (agricoles et de cohésion) et la faiblesse de ceux qui sont mobilisés en appui d’Erasmus et plus largement des programmes en faveur des jeunes.

  MIGRER POUR TROUVER DU TRAVAIL DANS UN AUTRE PAYS

Ce désintérêt est d’autant plus surprenant à un moment où la crise conduit un nombre croissant de jeunes à migrer pour trouver du travail dans un autre pays, souvent dans l’impréparation la plus totale. Ainsi ce sont des dizaines de milliers de jeunes Espagnols qui se sont rendus en Allemagne. Le marché allemand, comme celui de nombreux autres pays européens qui résistent à la crise, a besoin de travailleurs qualifiés et est prêt à les intégrer.

Mais, faute de compétences linguistiques et de formations adaptées aux besoins, ces jeunes migrants récupèrent souvent des emplois sous-qualifiés. Il faut au plus tôt sortir de cette logique perdant-perdant et adapter à cette nouvelle donne le périmètre, les moyens et les objectifs du nouveau programme “Erasmus pour tous” et, plus largement, de tous les programmes de mobilité, de formation et de citoyenneté des jeunes européens.

C’est pour ces raisons que nous invitons les dirigeants européens à ne pas setromper de priorité s’ils ne veulent pas conforter l’image d’une Union européenne qui se préoccupe d’abord de secourir ses banques avant de se soucier d’aiderses jeunes. C’est un enjeu d’efficacité économique autant que de citoyennetépolitique.

La Commission européenne a proposé la mise en place d’une “garantie pour la jeunesse” relativement large. Le Conseil européen des 7 et 8 février a l’occasion d’en faire une réalité, en votant a minima l’intégralité du financement proposé pour le programme “Erasmus pour tous”, puis en se donnant les moyens d’une approche globale de l’intégration des jeunes sur le marché du travail européen.

Si le Conseil européen ne parvient pas à saisir l’importance de telles décisions, il restera à s’en remettre à la vigilance et à la sagesse du Parlement européen. Ce dernier a déjà dû se battre en 2006 pour renégocier à la hausse l’accord conclu par les chefs d’Etat et de gouvernement, et obtenir une rallonge de plusieurs centaines de millions d’euros pour les programmes destinés aux jeunes européens.

LA VALEUR AJOUTÉE DE CES EXPÉRIENCES

En tant que bénéficiaires d’expériences de mobilité européenne et internationale, nous pouvons témoigner de la valeur ajoutée de ces expériences, qui ont été déterminantes dans la réussite de notre insertion professionnelle. A un moment où la tentation du repli sur soi est aiguisée par la crise, Erasmus reste plus que jamais une clé de succès pour former une conscience européenne, préalable indispensable à l’adhésion des citoyens au projet européen et l’avènement d’une véritable démocratie plurinationale.

Certains d’entre nous se sont battus pour démocratiser la mobilité pour tous les jeunes Européens, en obtenant le 23 novembre 2008 que les ministres de l’éducation et de l’enseignement supérieur s’engagent à ce que la moitié d’une génération puisse effectuer une mobilité européenne ou internationale.

Nous souhaitons plus que jamais que cet engagement soit effectivement mis en oeuvre, afin que les expériences de mobilité ne demeurent pas le privilège de quelques-uns.

 MILITER POUR UN TRIPLEMENT AU PLUS VITE DES SOMMES ALLOUÉES

L’augmentation des financements communautaires consacrés à la mobilité des jeunes ainsi que la modulation des bourses en fonction des revenus familiaux permettraient d’augmenter le nombre de leurs bénéficiaires et le niveau moyen des bourses de mobilité (200 euros par mois en moyenne pour Erasmus, parfois moins) tout en favorisant l’accès des catégories sociales dont les familles ne sont pas en mesure d’apporter le complément de ressources aujourd’hui nécessaire.

A ce titre, il ne serait pas déraisonnable, même en ces temps difficiles, de militerpour un triplement au plus vite des sommes allouées aux programmes européens de mobilité.

 

Dans cette perspective, la récente proposition franco-allemande d’utiliser une partie des ressources tirées de la future “taxe sur les transactions financières” pour le financement d’actions destinées à la jeunesse, y compris en termes de mobilité, mérite d’être saluée et soutenue comme il se doit.

Au-delà des gouvernements européens, qui agissent à la fois au niveau communautaire et dans un cadre national ou bilatéral, nous souhaitons soulignerle rôle important que jouent les familles, les collectivités locales, le monde associatif et le système bancaire ainsi que la nécessité de mettre en oeuvre une stratégie globale et concertée permettant de mobiliser l’ensemble des acteurs au service d’une démocratisation des programmes de mobilité.

Pour aller plus loin, vraiment plus loin, nous invitons les citoyens européens à nous rejoindre pour lancer une initiative citoyenne faisant du droit à la mobilité de tous les jeunes un droit fondamental de l’Union européenne.

Par Yves Bertoncini, Guillaume Klossa, Franziska Brantner

 

 

Yves Bertoncini, secrétaire général de Notre Europe-Institut Jacques Delors.

Guillaume Klossa, président d’EuropaNova, initiateur du projet “Erasmus pour tous”.

Franziska Brantner, députée européenne, vice-présidente de l’intergroupe ” Jeunesse ” du Parlement européen, défend le financement de ” Erasmus pour tous “/YES au Parlement

Pauline Gessant, préside les Jeunes Européens Fédéralistes.

Sandro Gozi, député, ancien chef de cabinet du président de la Commission européenne, a été a l’initiative de ” Erasmus Mundus “.européen.

Christian Mandl, fondateur de Sky Europe.

Peter Matjasic, président du Youth European Forum, défend la ” garantie pour la jeunesse ” européenne et un investissement prioritaire de l’UE en faveur des jeunes.

Daniela Schwarzer, auteur du rapport « The divisiness of mobility », est chef du département sur l’intégration européenne au SWP.

Fundación Asamblea de Ciudadanos y Ciudadanas del Mediterráneo
Calle San Francisco de Borja 20 – 8 - 46007 Valencia, Spain - Phone: +34 963 219 558 - E-mail: secretariat.facm@gmail.com