abril 4, 2013

Le bulletin de l’association Peripli: “l’Automne en Méditerranée”

La dignité dans la transition méditerranéenne

En 2011, des milliers de jeunes Tunisiens et Égyptiens manifestent leur dissentiment sur les places de leurs pays en criant “Pain et Dignité”, un cri scandé avec ténacité et détermination. Qui sont ces jeunes? Ce sont des personnes ayant un taux d’instruction moyen et élevé, capables d’utiliser le “social network” pour revendiquer leurs droits et leurs capacités d’écrire dans de différentes langues. Blessés à cause de leur taux de chômage de plus en plus croissant, et malgré leur niveau d’instruction, ils ne tolèrent plus les systèmes politiques corrompus de leurs pays et décident de
s’”indigner”, en levant le bâillon imposé par les régimes totalitaires, complètement déconnectés et lointains de leurs aspirations de justice et de liberté. Ces révoltes “étonnent” l’Occident et l’Europe en particulier, qui a fondé une grande partie de sa politique méditerranéenne sur la “sécurité”, c’est-à-dire à contenir les flux migratoires provenant de la rive sud de la Méditerranée : cette politique a en même temps compliqué la libre circulation des échanges culturels et interculturels des jeunes provenant de ces pays. Toutefois, les sentiments et les valeurs exprimés par les jeunes en révolte dans les pays de la rive sud de notre mer ne sont pas différents de ceux qui sont présents dans les racines culturelles de l’Europe démocratique qui, de son côté et en même temps, exprime l’”indignation” de ses jeunes tout autant déçus par une démocratie de plus en plus en déclin, soumise au marché financier et mondial, et par une classe politique de plus en plus autoréférentielle qui est , elle aussi, complètement déconnectée et lointaine de leurs légitimes aspirations de justice, liberté et travail. Eux aussi, en s’indignant, ils revendiquent leur dignité.

Au-delà donc des différences culturelles et religieuses, le cri “Pain et Dignité” semble rassembler les jeunes générations de toute l’aire méditerranéenne et ces sentiments communs semblent ouvrir à l’espoir d’un avenir avec des rapports pacifiques et féconds entre les deux rives de la Méditerranée, qui se réalise pour une période très brève à travers les échanges via internet des vidéos, des slogans et des aspirations des jeunes “méditerranéens”, au cours du printemps 2011.

Toutefois, le parcours ne se révèle pas simple et commence par une phase dite de “transition”, qui est d’un côté le résultat de la crise économique et financière mondiale, de l’autre, le résultat des luttes pour les droits civils, de l’autre encore, le résultat de l’exigence d’affirmer les droits civils
dans les différents contextes selon les nouvelles perspectives, conjuguées en fonction de la spécificité culturelle de chaque endroit et pays afin de construire des sociétés justes, etc. Il est difficile de saisir la complexité de cette transition. Mais, l’expérience de l’histoire récente, en dehors de celle du passé, nous enseigne que les hommes peuvent se retrouver dans des conditions extrêmes, qui peuvent en méconnaitre la dignité; donc il n’est peut-être pas inutile, dans cette phase de transition, de réfléchir de nouveau sur l’idée même de dignité. Au-delà du fait d’être un concept
philosophique et juridique, la dignité est la condition originelle de chaque être humain, en dehors des caractéristiques religieuses, sociales, ethniques, etc., relève de la sacralité de l’homme en tant que tel et, pour cela, fait exception devant les différentes formes de religion et de pouvoir, pour se définir comme le fondement du droit, de la liberté et de la responsabilité de chaque personne et de chaque communauté juridique et sociale. Il s’agit d’une valeur située hors du marché et qui ne peut pas être négociée surtout dans les phases de crise et de transition, quand les anciens points de référence disparaissent et les nouveaux peinent pour s’installer, acquiert sa centralité soit pour les personnes, soit pour les collectivités, soit pour les législations et les constitutions qui règlent ces collectivités. Ce n’est peut-être pas par hasard qu’en 1948, à la fin de la seconde guerre mondiale, au cours de laquelle plusieurs régimes avaient piétiné la dignité de l’homme en tant que tel, l’Assemblée des Nations Unies approuve l’art. 1 de la Déclaration des droits de l’homme qui dit: “Tous les êtres humains naissent libres et égaux dans la dignité et les droits” : entre autre, celle-ci, semble suggérer la priorité de la dignité face aux droits mêmes.

Si le principe de la dignité doit valoir pour tous, il doit être encore plus présent dans la reconnaissance des droits des femmes, qui peine plus que les autres, en particulier dans les phases de passage. Aujourd’hui, et non seulement en Algérie, en Égypte, en Syrie, en Tunisie, au Bahreïn, au Maroc, au Yémen, les femmes continuent à lutter pour conquérir leur “printemps” et le faire coïncider avec la renaissance des tous. D’autre part, comment peut- on penser que le processus de croissance de chaque société puisse exclure ou mortifier la dignité des femmes, sans en compromettre le résultat général? La journaliste égyptienne Gameela Ismail commente: “Nous sommes en train de lutter dans ces sables mobiles postrévolutionnaires, mais je suis sûre que dans la longue durée nous trouverons des femmes assez fortes, qui prendront le timon de ce processus conduisant vers la liberté et l’émancipation”. Nous le souhaitons aussi, dans la conscience de la dignité de chaque femme et de chaque être humain.

Maria Donzelli
Président de l’Association Peripli

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