enero 24, 2013

Un scrutin et des incertitudes

(publié sur l’Humanité.fr)

 

Les législatives boycottées 
par l’opposition ont lieu aujourd’hui dans un climat de contestation sociale et politique, ainsi que de risques 
de débordement du conflit syrien.

Plus de 2,27 millions d’électeurs sont appelés aux urnes ce mercredi en Jordanie pour élire un nouveau Parlement, composé de 150 sièges. Le taux de participation sera l’enjeu principal de ce scrutin boycotté par la principale force de l’opposition, le Front d’action islamique (FAI, aile politique de la branche jordanienne des Frères musulmans), et par le Front national de la réforme (regroupement de nombreuses formations de l’opposition) d’Ahmed Obeidat, ex-premier ministre du roi Hussein et ex-chef des services secrets jordaniens.
Cet appel au boycott est de fait un coup dur pour le roi Abdallah, dont le pays est le théâtre d’une contestation sociale et politique depuis pratiquement janvier 2011.

Des concessions politiques qualifiées de « cosmétiques »

L’opposition, notamment les islamistes, ne se satisfait pas des quelques concessions politiques et institutionnelles accordées sous la pression de la rue par le roi Abdallah – création d’une commission électorale indépendante et d’une Cour constitutionnelle et supervision des élections par des observateurs européens –, qu’elle qualifie de « cosmétiques ». Elle revendique une réforme constitutionnelle radicale, un pouvoir judiciaire indépendant et un mode de scrutin à la proportionnelle.

En effet, la loi électorale modifiée en juin dernier par le Parlement sortant, avant sa dissolution par le monarque en octobre 2012, fait que le mode de scrutin favorise les régions rurales et les dynamiques tribales dans des régions fiefs des Transjordaniens de souche, au détriment des partis. Qui plus est, le nombre de sièges accordé aux partis n’est que de 27 sur les 150 en lice, le reste étant attribué à des candidats non affiliés à des organisations politiques !
Le roi Abdallah, dont la popularité est tombée au plus bas, n’est pas au bout de ses peines. En effet, pour la première fois, des slogans exigeant le départ du monarque ont été lancés à Amman, notamment lors des manifestations de novembre dernier provoquées par une série de mesures d’austérité, dont des hausses des prix de l’énergie et des produits pétroliers, sur fond de revendications sociales, dans un pays où le taux de chômage est de 13,5%.
Et ce d’autant plus que les politiques néolibérales censées créer de l’emploi et améliorer la situation sociale – privatisation de l’eau, de l’électricité, création de zones franches – se sont traduites par une augmentation du coût de la vie. À quoi s’ajoute une série de grèves pour des augmentations de salaires (enseignants et employés des postes) ou pour défendre l’outil de travail menacé par des fermetures. Le gouvernement jordanien, soutenu par Washington, explique que cette austérité est un mal nécessaire pour un pays où la dette publique a augmenté de 19 % en une année et atteint 72 % du PIB.
En outre, la Jordanie est sous pression des monarchies du Golfe, principales pourvoyeuses d’aide financière à la monarchie, qui veulent que les armes à destination de l’opposition armée syrienne transitent par le territoire jordanien. Or, le roi Abdallah, dont le pays accueille près de 300 000 réfugiés syriens, s’est engagé envers Damas à ce que la Jordanie ne devienne pas une base arrière des «rebelles syriens». Ce qui pourrait se traduire par un risque accru de déstabilisation pour cette monarchie coincée entre l’Irak, l’Arabie saoudite, la Syrie, Israël et la Palestine occupée et séparée par la mer Rouge de l’Égypte, au cœur des tensions régionales.

Hassane Zerrouky

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